Depuis mi-février le candidat UDF grimpe dans les sondages et talonne la candidate socialiste. Est-ce un phénomène de mode ? Est ce que François Bayrou peut-il devenir président de la République Française ? Quelles sont les options envisageables pour transformer cet essai ?
La position du candidat UDF apparaît comme très controversée dans un Et-Et ou Ni-Ni inaudible. Mais comment va t’il gouverner ? Jamais il n’arrivera à mettre sur pied un gouvernement avec des gens de droite et des gens de gauche, il n’aura donc personne pour gouverner avec lui, annoncent ses détracteurs. Pire encore, il n’aura pas de majorité à l’assemblée pour ratifier les lois.
Sur ce dernier point, la légitimité des autres candidats en pôle position peut être aussi bien contestée, n’étant crédités tous les trois qu’entre 20% et 25%, nous pourrions aussi légitimement nous poser la question de la majorité qu’ils auront à l’assemblée.
En étudiant la situation Européenne, on retrouve assez souvent cette configuration électorale avec 2 partis de majorité : socialiste et conservateur entre lesquels se trouve des partis de centre, des démocrates, des libéraux, des progressistes,... qui pèsent de manière significative. La situation de l’UDF n’est donc pas un scoop si on regarde hors de nos frontières.
Généralement lors d’un scrutin national ces partis de centre accèdent au pouvoir parce qu’ils réussissent à prendre pied dans une majorité tantôt avec des conservateurs tantôt avec des socialistes. Ces pays dotés d’un parlement (qui fonctionne) voit alors un jeu de négociation permettant aux lois d’être adoptées démocratiquement. C’est le cas, du parti FDP en Allemagne qui représente la 3ème faction du Bundestag avec 61 députés et qui est présent dans toutes les coalitions gouvernementales de 1949 à 1998 en alternance avec les démocrates-chrétiens (CDU) ou les sociaux-démocrates (SDP). En Irlande, les « Progressive Democrats » ont aussi adopté cette stratégie. Alors qu’ils ont été fondés seulement en 1985, ils arrivent au pouvoir dans une coalition en 1997. Plus récemment en Estonie c’est le mouvement libéral réformateur (ERP) qui prend le pouvoir avec le parti du centre (KESK) et l’Union du peuple (conservateur) dans une coalition. Le groupe du centre démocrate libéral représenté par l’ALDE (à laquelle l’UDF appartient) représente la 3ème force du parlement Européen, véritable force de proposition et d’influence l’ALDE s’allie avec le PPE (conservateurs) ou le PSE (socialistes) suivant leur stratégie politique. Alors que les partis de majorité s’engouffrent bien souvent dans une guerre idéologique de tranchées, le centre libéral démocrate représente un pragmatisme politique et une certaine garantie de la continuité au-delà des alternances.
Alors pourquoi en France en serait-il autrement ? Parce qu’une Ségolène Royal n’a pas la côte au sein du parti socialiste ou au sein de la gauche traditionnelle ? Est-ce vraiment représentatif des votants socialistes ? A droite Nicolas Sarkozy maintient avec fermeté ses positions. Même si les sondages sont favorables au candidat UDF, ils semblent plutôt confirmer une certaine défiance vis à vis du système ou encore une indécision des électeurs qui voit en François Bayrou l’anti-système modéré. Mais les électeurs de gauche ne se souviendront-ils pas de 2002 le jour de passer à l’acte ?
L’UDF a d’ailleurs souvent pris part à ce jeu de coalition avec les conservateurs. Malheureusement, la situation politique française de pouvoir absolu de l’exécutif sur le parlement rend bien impossible toute négociation ou influence. Pire les quelques représentants centristes se font absorber dans le parti de masse sans pouvoir exercer leur influence. Dans ce climat volatile, Daniel Cohn-Bendit a eu raison de lancer la proposition de coalition avec le Parti Socialiste. Si le projet de l’UDF n’a pas grand chose en commun avec celui de l’UMP qui se contente de perpétuer tranquillement la tradition du roi, en revanche et précisément sur la question des institutions, le projet UDF rejoint celui du parti socialiste à quelques modifications près. Un tel projet de refonte des règles du jeu politique ne peut se faire qu’avec le soutient d’un parti de majorité. Ainsi François Bayrou aurait toutes ses chances d’arriver au 2ème tour s’il rassure les électeurs de gauche en annonçant publiquement un soutien réciproque à Ségolène Royal au 2ème tour face à Nicolas Sarkozy. A l’issue du scrutin, le gagnant (ou la gagnante) face à Nicolas Sarkozy pourrait mettre en place un gouvernement de centre-gauche incluant les écologistes de Cap21 et les libéraux d’Alternative Libérale en menant une politique progressiste sociale démocrate et sociale libérale. Après 2 années nécessaires pour mettre en place cette 6ème république une dissolution de l’Assemblée Nationale suivie d’élections proportionnelles donnerait le jour à un nouveau gouvernement permettant de continuer les réformes dans un esprit de négociation et non pas à coup de bras de fer comme nous avons pu le voir avec l’épisode du CPE.
C’est le fonctionnement de toutes les démocraties Européennes, alors pourquoi la France ne pourrait-elle pas adopter ce principe ?
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