Sur le blog des
conservateurs UMP d’Ile-de-France, menés aux Européennes par Michel Barnier, notre ministre de l’agriculture, on peut y lire le résultat surprenant d’une étude CREDOC qui révèle que 71% des
français trouvent « injustes » les marges faites sur les dos des gens dans la distribution alimentaire. Voyons un peu en détail ce que dit ce sondage bien plus complexe qui permet à ce
cher Monsieur Barnier de justifier le retour à une politique de servage d’Etat et un protectionnisme rampant.
Examinons d’abord les taux de marges dégagées par le secteur de la Distribution, on constate une forte érosion de la marge d’exploitation passée de 5.5% en 2004 à 4.6% en 2007 en moyenne. On est très loin d’un secteur à forte marge comme dans des secteurs de pointe. Alors ce qui est « injuste » ? L’enquête le révèle plus en détail, il s’agit du sentiment d’injustice lié à l’augmentation significative du prix des produits alimentaires. De là en conclure à une augmentation des marges du distributeur, le raccourci est inexacte, d’ailleurs les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les distributeurs doivent bien répercuter ces fluctuations.
D’ailleurs, cette période coïncide justement à une envolée du prix des matières premières agricoles dont les pays en voie de développement en ont beaucoup souffert. Cette défiance des Français s’est accentuée à cause du décalage avec l’inflation qui serait restée contenue d’après les chiffres officiels dont la méthode de mesure mériterait sérieusement d’être revue. Que signifie cette inflation sortie des limbes scientifico-technocrates de l’administration publique, dont on nous assaisonne régulièrement et qui sert de référence à toute notre économie (salaires, prix de la construction, …). Une inflation du prix de la viande, du poisson ou de la farine à 2 chiffres n’a pas du tout le même impact que celle du prix du composant électronique sur le panier de la ménagère ou bien celle de l’automobile ou encore celle des loyers. Et pourtant on mélange tout ! Pas étonnant que le consommateur se retrouve désorienté. Lorsque 50% des français gagnent moins de 1400 € par mois, c’est l’alimentaire est un poste budgétaire prépondérant.
C’est ainsi qu’avec des conclusions fallacieuses, Michel Barnier n’hésite pas dans son post à allègrement fustiger la mondialisation avec ses « soi-disant » effets pervers pour en gros promouvoir l’autarcie ! Soit une agriculture de proximité tout aussi couteuse qu’improductive pour alimenter quelques 7 milliards d’êtres humains qui peuplent cette Terre, dont 67 Millions de français.
Si effectivement la population humaine est passée de 1900 à 2000 de 1.5 milliards à 7 milliards d’individu environ avec un recul des grandes famines ces dernières décennies, c’est justement grâce à l’industrialisation des techniques agricole et à la globalisation de celles-ci ! A la mise en commun des moyens de production à l’échelle planétaire, pouvant ainsi bénéficier d’une alternance des sols et des climats tout au long de l’année aux 4 coins du globe pour produire à un cout le plus faible possible pour le consommateur.
Le raisonnement de Michel Barnier est alléchant mais populiste. Il surfe sur le désir de tous, survendu tous les jours au JT de 13h de TF1, de la petite fermette d’un village du coin qui propose ses produits du cru. C’est bien encré dans notre patrimoine et nos traditions, et c’est vrai que nous y sommes attachés. L’idée est alléchante surtout pour le citadin parisien privé d’espace vert ! Personne ne contestera que ce rêve doive se développer bien évidemment, de manière autonome et non subventionnée.
Il restera néanmoins marginal, car trop couteux (16€ le panier moyen, cf blog de Michel Barnier) et bien loin de pouvoir satisfaire aux besoins alimentaires d’une large population. A côté de cela, il faut vraiment cesser ces politiques hypocrites irresponsables, arrêter de cultiver l’obscurantisme religieux pour mettre en place des moyens techniques nécessaires à une agriculture low-cost, de bonne qualité et transparente. Un des moyens techniques d’y parvenir à moyen terme est le développement des techniques OGM comme le décrit Jean-Paul Oury dans son nouvel ouvrage.
Et, imaginons un instant que les 12 millions de franciliens, en plus de leur trajet professionnel, se rendent tous les jours à leur ferme chercher leurs produits frais pour économiser les marges (de 5%) de ces distributeurs. Quelles conséquences immédiates sur l’augmentation du trafic urbain ? Et donc celle du CO2, parce que la population doit se déplacer (en voiture) plus loin pour faire ses courses et sur des lieux plus diffus.
Enfin, je me pose la question, si les marges du distributeur de 5% sont « injustes », que doit-on penser des marges de l’Etat sur ces mêmes produits ? La TVA, les différents impôts qu’il prélève sur le distributeur et le producteur lorsqu’il est en France, par l’impôt pour subventionner le producteur français par le biais de la PAC à détriment du producteur Africain ou Asiatique, …
La plus grande injustice (gabegie) ne commence t’elle pas là ?
Ludovic LASSAUCE
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