Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /2006 01:06
Patriotisme économique ou bien aveu d'un échec industriel ?

Alors que la SNCF confiait la gestion d'un projet industriel à savoir le remplacement de rame du Transilien Ile-de-France, Alstom criait au patriotisme économique en demandant l'annulation du contrat avec le groupe Bombardier.

Certes on peut et il faut dénoncer le nom respect du Canada des accords de l'OMC sur les contrats marchés publics. Mais ce qui se cache derrière cette contre-attaque du désespoir est bien plus inquiétant.

Ce qui me révolte le plus dans cette affaire: à aucun moment les protagonistes d'Alstom ne se soucient pas des millions d'habitants de la région parisienne qui utilisent les transports publics. En tant qu'homme politique c'est ma première préoccupation, auront-ils les garanties d'avoir le meilleur compromis entre prix, service et fiabilité. Et c'est bien cela que mesure un appel d'offre marché public !

Lorsqu'on voyage dans de nombreuses capitales du monde, vous trouverez des transports d'une propreté claquante, climatisés, équipés de système de sécurité, et de services interactifs pour les voyageurs. C'est ce qui doit préoccuper nos industriels: offrir du service aux voyageurs qui utilisent les transports en communs pour leur travail, pour étudier, pour des loisirs,... Vous trouverez cela acceptable par exemple que l'été le métro devienne un four abominable où sont entassés les gens ? Pour une personne en bonne santé c'est limite, imaginez alors les personnes âgées, femmes enceintes, handicapés,...

Il est à souligner de surcroît que Alstom connaît de sérieux problèmes industriels: qualité et fiabilité. Il serait d'ailleurs en passe de perdre son contrat face à Siemens en Chine pour les mêmes raisons. Faire appel au patriotisme économique pour masquer un manque cruel de compétitivité, relève d'une belle hypocrisie. Je salue la SNCF qui n'a pas fait qu'un choix économique mais bien un choix industriel. C'est d'ailleurs n'avoir jamais répondu à un appel d'offre que de penser que le prix est le seul critère. Bien au contraire la prise de risque et la qualité du service est souvent le critère de choix principal. Et c'est bien ce que la SNCF a voulu éviter en choisissant Bombardier: prendre un risque et faire prendre un risque à ces clients.

L'argument du patriotisme économique ne tient pas: rappelons qu'environ 30% du contrat est délégué à Alstom en France bénéficiant d'un partenariat technologique et que ce contrat amènera de l'investissement et de la création d'emplois.

Le précipice qui se cache derrière cette crise n'est pas un cas isolé (cf. l'incident d'Airbus précédent). Nous voyons au grand jour un fait jusqu'à présent enseveli : nos sociétés ont perdu leur compétitivité et leur savoir-faire. Quelques raisons évidentes :

  •  la productivité;
  • l'engouement au travail, combien de salariés de grands groupes se plaignent de ne pas être valorisés ou d'être fonctionnarisés;
  • le management supérieur où les parachutes dorés et les décisions politiques à outrance ne peuvent pas produire des résultats satisfaisants, pire la sclérose de ces "élites" franco-françaises qui ne sont pas armer pour faire face à une dimension internationale.
Sur ce dernier point, nous avons trop ignoré la valeur que les Français issus de l'immigration auraient pu apporter parce qu'ils portent en eux la mondialisation.

L.L.
Par Ludovic Lassauce - Publié dans : Grand angle
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