"Le plus beau métier du monde est de réunir les Hommes", propos de Jean Monnet un des pères-fondateur de l'Europe. En chacun de nous il y a un désir ardant de rechercher la beauté, l'harmonie et notre propre idéal de vie qui n'est pas seulement fait de besoins matériels et de confort. A un moment donné confronté à sa réalité et celle des autres, nous découvrons une vision du monde qui peut être en totale contradiction avec soi-même. La rupture est-elle alors inévitable ? Le désordre Le nombre de divorce est en constante augmentation plongeant non-seulement des familles dans le chaos financier mais aussi affectant le moral de l'environnement familial. La diminution du nombre d'enfant et l'éclatement des familles provoque une réduction du lien familiale et de la richesse amenée par le contact inter-générationnel. Dans un passé pas si lointain, la famille ou bien parfois le village était là pour fournir le support social à l'autorégulation des conflits. Qu'en est-il aujourd'hui ? L'Etat s'est substitué à cette précieuse source de cohésion sociale en proclamant le monopole de la justice sociale. Le conflit est un élément fondamental et omniprésent de notre quotidien. Soudain un ami, un voisin, son propre enfant peut devenir un étranger. Ce changement radical est certainement l'expérience humaine la plus douloureuse. Que se passe t'il ? Dans la plupart des cas nous préférons rester ignorants. Nous prenons comme bouc émissaire des évènements extérieures responsables de la dégradation de notre relation. Est ce bien le véritable coupable ? Au fond de nous-même, nous savons que cette rupture est provoquée parce que l'autre s'est comporté de manière inacceptable ou parce qu'il montre de l'hostilité à mon égard. Nos émotions nous retiennent de franchir le mur qui s'érige alors entre nous et qui contient toute tentative de communication. Les deux parties deviennent alors prisonnières d'un monologue sans fin qui escalade. Est-ce pour autant une situation sans solution ? Est-ce que la société peut intervenir pour éviter l'escalade incontrôlée des conflits ? Au sein de civilisations dites "primitives" par les historiens, les gens en conflit s'en remettaient à l'arbitrage du sage du village. En Afrique, les palabres, expressions sans fin d'émotions et de l'expérience de chacun prend place sous le contrôle du sage et le témoignage du village. La présence de la communauté toute entière témoigne d'un sentiment de responsabilité à l'égard de tous. En Asie, le chef de la famille remplace le sage du village. Dans notre société occidentale, nous ne comprenons plus ce phénomène. Le rôle du "chef de famille" ou du "sage du village" s'est effacé pour laisser place aux salles de tribunal et à l'ordre Etatique. Le nombre de plaintes s'entassant dans nos cours de justice augmente sans cesse et bon nombre d'entre elles n'auraient jamais dû arriver jusque là avec un "chef de famille" ou "sage du village". La Violence Le fait que la violence soit en perpétuelle augmentation chez les jeunes de 10 à 18 ans est le symptôme de cette nouvelle réalité sociale, familiale et politique. Une comparaison alarmante peut être faite d'ailleurs entre la vie dans les pays en guerre et celle dans les ghettos des pays en paix. L'absence de valeurs empêche toute personne d'avoir un sens et des aspirations. Les enseignants eux-même en deviennent désarmés face aux comportements de leurs élèves et ne peuvent remplir leur nouveau rôle d'éducateur supplantant celui du professeur. Cette violence n'a de sens que pour recréer la vie. La violence gratuite aujourd'hui est au-delà d'une simple réponse à une injustice, elle est là pour briser et pour détruire un système. L'exemple de la crise des banlieues est le symptôme de pans entiers de la population abandonnés sans espoir d'aspiration. Dans les milieux plus favorisés, cette violence est plus subtile. Elle ne se manifeste pas par une violence physique mais par une déchéance psychologique. L'augmentation du taux de suicides ou bien des dépendances révèle ainsi cette incapacité de créer des liens avec les membres de notre société. Quelle réponse peut-on donner à ce phénomène ? "Au lien de penser le désordre en vue de l'ordre, il faut comprendre que l'ordre, tout autant que le désordre est une menace et qu'il n'y a existence communautaire dynamique que si l'ont reconnaît leur place à la mort et à la violence" (Baudry: Pour une sociologie du tragique). Non seulement nous avons perdu l'élément sacré qui permettait de canaliser la violence mais nous avons aussi perdu les rituels à travers lesquels nous pouvions exprimer notre fantaisie et notre aspiration. Cette chasse au conflit sans fin à rendu l'individu dépendant, bancale et craintif de la moindre source de risque ou de conflit, trouvant un refuge illusoire dans un Etat providence. La médiation accueille le désordre La médiation propose un endroit et un moment pour aller à la rencontre de la violence et du désordre - une scène sur laquelle le drame peut avoir lieu. Le drame peut prendre différentes formes: sociale, culturelle, ethnique, inter-générationnelle,... avec d'autres mais aussi avec soi-même. La médiation démarre lorsque le conflit semble inextricable. Elle permet à chacun d'exprimer ses émotions, et d'identifier les sentiments qui conduisent à la rupture de la relation. Alors une nouvelle perception peut prendre place vers un dénouement. La médiation n'a rien de neuf dans sa pratique et puise ses racines dans un processus ancestral où les Hommes cherchent à mieux connaître leur condition et comment résoudre leurs contradictions. La tragédie grecque en offre une parfaite illustration: plonge dans le chaos et la destruction ou transcende ta souffrance. Cette méthode cathartique qui peut se retrouver dans les phases de la Justice chez les Grecs anciens est très proche des phases de la médiation: -d'abord la theoria: le récit des faits et l'expérience vivante du conflit de chacun -ensuite la crisis: la confrontation des sentiments et des problèmes. Cette phase la plus longue permet de faire bouger le conflit et d'identifier de nouveaux horizons pour la relation. -enfin la catharsis: elle consiste en une purge de la souffrance et l'établissement d'un nouvel ordre. Ainsi la médiation offre une harmonisation de l'opposition, d'accepter le présent comme conflit qui résulte d'un désordre passé pour voir le futur. Cette perpétuelle auto-transformation est partie intégrante de l'existence et nous empêche de rester bloquer dans une expérience de souffrance. Il redonne un sens de la vie car chacun redevient le conducteur de son destin. La médiation et la formation à la médiation offrent une réelle éducation de nos émotions et de nos relations pour une vie meilleure. Cette dimension a totalement été occultée dans nos études. Le médiateur transfère dans une médiation ce que le médian aurait pu apprendre lui-même. La motivation personnelle du médiateur puise souvent sa source dans une vocation de mieux connaître comment l'autre vit tous les jours. Seulement alors, ils deviennent capables de partager leur expérience avec d'autres et alors d'une expérience individuelle peuvent enrichir une expérience collective. Les effets de la médiation sont triples: -prévenir: appliquer très en amont, la médiation évite au conflit d'exploser: par exemple d'une simple agression verbale, on prévient l'escalade vers une dégradation physique; -guérir: la médiation répare les injustices envers les victimes. La restauration aura beaucoup plus d'impact lorsqu'elle provient du mise en cause dans la phase de reconnaissance de la souffrance; -éduquer: parce qu'elle puise sa source dans une justice qui vient de l'intérieur, touchant à des valeurs universelles, découvrant les lois de l'autre. Elle nous apprend à vivre mieux ensemble. Elle est radicalement d'une Justice imposée par un système. Ainsi il n'est pas surprenant de voir que cette approche peut être appliquer dans des milieux très variés comme le pénal (l'association CMFM fondé en 1984 par Jacqueline Morineau a réalisé en collaboration avec le parquet de Paris les premières expériences de médiation pénale en France), la délinquance juvénile, l'éducation, le social et la famille, les conflits inter-éthnique (l'organisation AEJM financée par le conseil de l'Europe a été parmi les premières à rétablir des liens déchirés aux Kosovo entre Albanais et Serbes) ou bien au sein de l'entreprise. Etre libéral, c'est vouloir d'une société où chacun puisse retrouver la capacité perdue d'être un médiateur de ces propres choix et de ses conflits. Une société où la responsabilité et la justice sociale ne s'imposent pas d'un sommet mais viennent de la base pour peu à peu retrouver une confiance naturelle entre ses êtres. Et l'homme politique moderne doit justement être celui qui permet à chacun de créer et trouver espace et temps nécessaire pour sa médiation.
Il est temps d'inverser la vapeur pour que l'Etat rende et garantisse à tous cet unique privilège.
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