Vendredi 6 novembre 2009

La France a connu plusieurs grandes périodes au cours de l’histoire de sa construction. D'abord très fragmentée à la chute de l'empire romain au profit d'un régionalisme en perpétuel opposition avec le pouvoir central. La nation française unifiée d’aujourd'hui puise ses fondements dans la Révolution de 1789. Depuis, son objet a été sans cesse influencé par des forces progressistes s'attachant à lui attribuer des principes universels et humanistes et des forces conservatrices s'attachant à lui confondre un patrimoine culturelle et un principe d’égalité. A l’inverse chez nos voisins Européens comme l’Angleterre, la nation s’articule autour d’une monarchie séculaire et d’une aristocratie installée autour de codes ou rituels bien ancré dans la société. Avec la monarchie française décapitée et le clergé désavoué au lendemain de la Révolution, la République naissante doit réinventer un ensemble de codes et les ancrer pour assurer une cohésion nationale. Les jacobins au pouvoir instaurent un Etat centralisé fort et un culte de l’Etat nation qui supplante feu le clergé et la noblesse. A l’aube du XXIe, les Etats d'Europe s’unissent autour de traité constitutionnel de Lisbonne. Les flux migratoires et les échanges mondiaux ont profondément modifié notre paysage culturel. La capacité de cohésion de ces codes est ainsi mise en cause.

 

Les forces conservatrices, notamment les plus nostalgiques n'auront de cesse de faire valoir un retour à des valeurs traditionnelles qui peuvent caractériser notre histoire. Elles sont d'origines judéo-chrétiennes, assise sur une langue: le français, sur un art de vivre, de se nourrir, de régir les sentiments, un ensemble de codes issus d'une société stratifiée qui caractérisent les échanges entre les personnes. Conséquence de cela, un Etat providence fort qui régule chacun de nos pas, pour notre bien, alourdissant le poids de cette identité nationale sur chaque concitoyen. Cette complexité crée un sentiment d'exclusion et érige autant de murailles à l'intégration, véritable parcours du combattant pour un immigré désireux de devenir français. Issu de ce mélange "à la française", la confrontation à un monde extérieur, en Asie, puis en Amérique et à travers l'Europe s'est révélé pour moi comme un cocktail explosif de remise en question et de rejet d'une société française décalée de reste du monde. Comme l'écrivait Jacques Attali dans « sa brève histoire d'avenir », la France est passée plusieurs fois à un cheveu de devenir un centre mondial d'influence de l'ordre marchand. Elle en a toutes les capacités. Ce sont les mêmes forces qui nous ont conduits à perdre ce privilège plusieurs fois et qui aujourd'hui mettent en échec l'intégration, accentuant la fracture sociale.

 

Si aujourd'hui on en vient à se poser collectivement la question de l'identité française, c'est un grave aveu de l'échec de toute une société à satisfaire les aspirations d'un peuple à la liberté et la prospérité. Ce sont les politiques sociales (ou antisociales) dans notre pays décidées d'un bureau ministériel parisien qui ont conduit à cette rupture. Nous avons pensé qu'il suffirait de construire de belles cités "Le Corbusier", de donner un salaire minimum, de le garantir à vie, et de tolérer les écarts de mœurs pour satisfaire aux besoins d'une population, et forger une société solide et solidaire. Si nous avons peut être réussi pendant des années à contenir les 3 instincts qui caractérisent le cerveau reptilien de chaque être humain, notre modèle d'intégration a failli à couvrir les partis hautes du néocortex, celles qui différencie l'Homme de l'animal : l'instinct de création et d'utilité. D'ailleurs, il est intéressant d'étudier les raisons qui poussent au suicide dans les grandes entreprises françaises, car c'est justement le manque de sens et d'utilité dans le travail qui ont conduit à ces drames. De la même manière dans nos banlieues défavorisées, le manque d’espoir de se dépasser, de se rendre utile conduit l’Homme a cherché un sens à sa vie dans le fondamentalisme religieux ou le banditisme, défiant ainsi le pouvoir central devenu symbole de cet emprisonnement.

 

Pourtant, nous avons tout pour être fier d'être français. Qu'avons nous accompli durant ses siècles !

Beaucoup d’illustres personnages, certains maintenant oubliés de notre histoire, ont marqué le destin de peuples entiers. La Constitution de l'Amérique par exemple est profondément inspirée de cette autre pensée française. La France d'aujourd'hui ressemblerait profondément à l'Amérique avec le vin et le fromage en plus, si nous avions adopté les mêmes principes dans notre propre pays. La France continue de susciter la curiosité de millions de personnes qui viennent la découvrir. Si jamais, elles se heurtent à une nécessité d’intégration, la désillusion commence avec la confrontation à une société de la défiance, recluse sur ses certitudes. A commencer par un traitement inhumain et humiliant, lors des procédures administratives de demande de séjour d’un étranger.

 

Notre problème n'est donc pas de redéfinir l'identité française... Car on continuera d'exclure tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule, avec en plus la perspective d'exclure ceux qui étaient dans le précédent moule mais ne rentrent plus dans le nouveau. L'identité Française n'est pas un concept qu'on décrète mais bien le résultat, l’accomplissement d’une société heureuse et solidaire. Bien au contraire, notre véritable problème, c'est créer cette société, véritable espace de liberté, dans lequel chaque français peut aspirer à se réaliser pleinement et non plus être un numéro de sécurité sociale dans un poulailler. Pour résoudre ce malaise sociétal, ce sont les mécanismes de blocage de notre société qu'il faut faire sauter, simplifier nos règles de vie commune pour qu'elles soient justes et comprises de tous. Eliminant le sentiment d'une société de passe droit et de défiance. A ce titre, est ce qu’avec le CV anonyme la candidature de Jean Sarkozy aurait été considérée pour un mandat d’élu par les responsables UMP ? Mais c’est notre complexe d’égalité même qui créé ces déséquilibres. D'une égalité devant la loi, on assiste à un nivellement égalitariste des personnes, niant le principe d'unicité de chaque individu. La standardisation du recrutement dans les grandes entreprises en barème de rémunération basé sur des critères très rationnels et ignorant des critères plus subjectifs tels que la personnalité, le vécu, en est un exemple flagrant. De même, je trouvais surprenant lors de précédentes campagnes électorales d'interroger d'anciens immigrés qui m'expliquaient pourquoi leurs fils étaient repartis « au bled » pour y trouver l'eldorado.

 

Le gouvernement, dans ce débat national, pointe à juste titre le résultat d'un problème, mais sans en traiter la cause. Elle n’est pas une crise de l’identité nationale. Je crains que ce débat ne reste qu'une hypocrisie superficielle de plus, sans réellement apporter les solutions attendues par les français aux causes qui lui ont donné naissance. Car Mr Besson le réalise lui même, lorsqu'il interroge des français issu de l'immigration qui sont fiers d'être français à l'étranger mais pas en France. Le problème n'est pas celui de l'identité française mais bien celui de vivre en France, dans une France qui refuse tout individu qui ne rentre pas dans un certain moule, qui ne laisse pas la liberté à l’audace et l’initiative individuelle. Mettons notre Etat au service du citoyen ou de l’immigré et non pas au service d’un système à conserver. Libérons les esprits de décennies de législation de droite comme de gauche qui confère des avantages aux uns sur le dos des autres, qui entravent la liberté de créer, d'entreprendre, d'expérimenter et de faire des erreurs... et chacun d’entre nous saura qu’il existe « a french dream ».


L.L 
 

Par Ludovic Lassauce - Publié dans : Politique - Communauté : Les libéraux français
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Recherche

Auteur

"A government big enough to give you everything you want, is big enough to take away everything you have." - Thomas Jefferson

"Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito." - Albert Einstein

"Dirigent ceux qui prennent les risques que les dirigés ne veulent pas prendre" - Jean Jaures

Catégories

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus